Bienveillance, Paris, Novembre 2016

Alors voilà, parfois, je relis des vieux mails. Quand je bosse (trop) tôt le matin et que je flippe d’être à l’antenne par exemple, j’ai parfois besoin d’un petit moment de bonheur pour me sentir d’attaque. Parfois, ce sont des petits messages d’amis bienveillants. Parfois, ça vient de l’extérieur. Aujourd’hui, j’ai rouvert un mail du 9 décembre 2014. Un jour, en juin 2013, après des mois à le lire et à être profondément touchée par ses mots, j’ai écrit à Baptiste Beaulieu (c’est celui qui a écrit ce magnifique blog sur la relation soignant-soigné et qui maintenant écrit aussi des Balades de l’enfant gris). Je voulais juste le remercier de son humanité, de faire ce travail, d’être là pour ses patients, et lui souhaiter bonne chance dans la rédaction de sa thèse. Je lui ai aussi dit deux trois trucs sur le système médical allemand, sur mon expérience avec le corps médical. Je ne pensais pas qu’il m’avait lue, et ça ne m’a pas dérangée, j’ai continué à le lire, en observant avec plaisir son blog devenir de plus en plus populaire. Et puis, un an et demi après, Baptiste m’a répondu. Un mail à son image, bienveillant, humain. C’était un tout petit moment, à l’échelle d’une vie, une interaction lambda, entre inconnu (qui ne l’est plus) et inconnue. Mais ce sont ces petits moments-là qui redonnent foi en tout. Se rappeler que la bienveillance et la gentillesse, gratuites, existent, et sont l’apanage de beaucoup, bien qu’ils soient souvent plus discrets que leurs contraires. Alors voilà, parfois, quand j’ai envie de sourire, je me rappelle, parmi d’autres, du petit mot de Baptiste ce jour-là, et savoir que quelqu’un, un an et demi après, a jugé bon de répondre à un e-mail, me fait sourire.

Finalement, ça revient à la thématique du temps, c’était sur ça que je voulais écrire ce matin. Prendre le temps d’apprécier de tels moments, savoir les reconnaître. Savoir apprécier le positif autour de soi, et surtout, s’en armer pour affronter les temps de doutes, les questionnements. On en perd tellement, du temps, à s’inquiéter pour des futilités, à tenter de ne pas le laisser filer entre nos doigts et à ne pas passer à côté de quelque chose. Quoi exactement, on n’en sait rien, en fait. Pourtant, il faut parfois le temps de toute une vie pour apprendre à lâcher prise, pour apprendre à vivre dans l’instant. Apprendre à regarder autour de soi, et à apprécier le beau au-delà de l’anxiogène, de la médiocrité, de la course au temps perdu.

Je reviens de mon pays, qui a tellement changé, et qui n’en finit plus de m’étonner, pas souvent en bien, d’ailleurs. Pourtant, j’ai passé trois jours à savourer de la bienveillance, dans une ville où je n’en avais pas souvent vu. Mais elle a changé, cette ville, elle a mûri, les gens y sont plus attentifs les uns aux autres. On se relève de tout, jusqu’à ce qu’on ne se relève plus, mais il y a encore tellement de force autour de nous, tous, pour se relever, encore et encore, et ensemble. On se relève seul, aussi, et souvent sur un parcours de vie, mais parfois quelqu’un nous tend une main amie, nous souffle un mot bienveillant, un de ceux qui changent tout, et nous porte, pour le mieux, et pour longtemps (toujours n’existe pas).

Alors voilà, ces quelques jours m’ont bouleversée, tout comme les rencontres que j’y ai faites: au fil des quartiers, des dizaines de gens rassemblés pour protester contre les sombres heures qui se profilent devant nous tant ces prochains mois que sur la scène internationale à plus long terme, des gens anonymes qui sourient lorsque nos regards se croisent, des sourires qui disent: on continue, on avance, tout ira bien. Et bien sûr, justement, de la bienveillance, dans le travail, de gens intéressés à en porter d’autres plus haut pour le bien commun, des amitiés, continuées sur des années, qui deviennent plus fortes à chaque rencontre, qui grandissent avec le temps, des amitiés plus nouvelles aussi, de celles qui consistent en des rencontres d’inconscient à inconscient, avant même que les esprits conscients se reconnaissent des affinités, pour reprendre les mots d’une amie très chère. De la bienveillance lorsqu’on passe du temps avec ces êtres chers justement, avec qui la connivence s’est établie au premier regard, au premier instant, parce que parfois, on sait qu’un échange doit avoir lieu, avant même de savoir exactement pourquoi. On se découvre des frères, des soeurs, des compagnons d’un temps de vie, qui tous nous font avancer, embellissent une part de nos vies pour un temps aléatoire. On vit tous ces choses-là, en permanence, mais on ne prend pas toujours le temps de s’y arrêter, d’y réfléchir, de savourer ces moments, et de se rendre compte à quel point on est chanceux de les vivre, et d’être en vie, tout simplement.

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s